Omar Sharif : une rencontre dont je n’ai compris le sens que trente ans plus tard
Certaines rencontres ne changent pas immédiatement notre vie. Elles déposent quelque chose en
nous que nous ne comprendrons que beaucoup plus tard

À 18 ans, à Megève
J’avais 18 ans et je travaillais à l’Hôtel du Mont d’Arbois, à Megève. L’hôtellerie était pour moi une formidable école de la vie. Un
jour, alors que je traversais le grand salon pour rejoindre le bar, mon regard croisa celui d’un homme. Son élégance, son regard
et sa présence m’impressionnèrent immédiatement. Il me fit signe de venir.
Il me demanda un café puis, en apprenant que je n’irais pas skier à cause du temps, me dit : « Cela tombe bien. J’ai des choses
à vous dire. Asseyez-vous. » Je lui expliquai que je ne pouvais pas m’asseoir dans le salon avec les clients. Il me rassura. Je me
suis assis. Je ne savais toujours pas qui était cet homme.
Une conversation inattendue
Il me demanda ce que je faisais dans l’hôtellerie, mes projets de voyage, puis mon prénom. Il me dit ensuite, en substance, que
je servirais un jour d’autres personnes que les clients d’un hôtel : des personnes en souffrance. Je lui demandai comment il
pouvait le savoir. Il me répondit qu’il ne le savait pas, mais que cela se ferait ainsi.
Des chevaux à la philosophie
Nous avons parlé de chevaux, de sa vie, puis longuement de philosophie : le moment présent, l’amour, l’importance des
femmes, la relation aux autres. Sa voix était lente, posée, presque hypnotique. Pour moi, il était simplement cet homme qui
avait décidé de me parler.
Les derniers mots
Autour de mes 50 ans, au moment où j’ouvrais mon premier cabinet de réflexologie à Metz, une amie me parla de Monsieur
Ibrahim et les Fleurs du Coran. Dès que j’entendis cette voix, l’émotion me submergea : « Mais je connais cet homme. J’ai parlé
avec lui. » Ma vie se mit à défiler : Megève, le salon, les chevaux, ses paroles, et le jeune homme de 18 ans que j’avais été.
De celui qui reçoit à celui qui transmet
Omar Sharif ne m’avait jamais parlé de soufisme lors de notre rencontre. Je ne veux donc pas lui attribuer aujourd’hui une
appartenance ou des paroles qu’il ne m’a jamais exprimées. Mais, en découvrant ce film bien des années plus tard, certaines
résonances m’ont profondément troublé.
Je me suis reconnu dans l’enfant : celui qui écoute un homme plus âgé lui parler de la vie sans encore savoir ce que ces paroles
déposeront en lui. Et je me suis reconnu, des années plus tard, dans celui qui transmet : celui qui accompagne, partage ce que
la vie lui a appris et laisse l’autre libre de poursuivre son propre chemin.
CONCLUSION
Je ne découvrais pas seulement qui était l’homme avec lequel j’avais parlé à 18 ans. Je découvrais peut-être aussi une
partie du chemin que j’avais parcouru depuis notre rencontre.